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The Unwinding Hours – The Unwinding Hours

Heureusement pour les chercheurs d’or musical, l’Ecosse n’a pas enfanté que des cornemuses. Pour preuve, son dernier petit miracle, The Unwinding Hours, dont l’album éponyme sort ce mois-ci. Une réussite, à la fois intimiste et épique, entre rock progressif et ballades mélancoliques.

Certes, Chemikal Underground avait déjà habitué nos oreilles à ses merveilles : déjà parrain de Mogwai, des Delgados ou encore d’Adrian Crowley, le label semblait avoir du flair. Mais voilà, forçons le sourcil sceptique face à ces petits nouveaux… Nouveaux, The Unwinding Hours ? Hum, pas vraiment. En deux temps trois clics, voilà les deux barbus démasqués. Respectivement chanteur et guitariste du feu groupe de rock progressif Aereogramme, Craig B et Iain Cook se retrouvent ici pour un opus enchanteur. Un vrai conte de fée, puisque, de leurs nouvelles expérimentations, les deux compères n’avaient à l’origine pas prévu de faire un album. C’est seulement après plusieurs mois de création que l’idée s’impose : de ces composition autour du thème des relations qui bourgeonnent ou explosent, naîtra The Unwinding Hours.

Et dès le titre, par ailleurs une allusion de spécialistes au Shining de Kubrick, cette bobine du temps qui se déroule implacablement – et inlassablement ? – donne le ton. Alors, avec de telles armes – une affiche prometteuse, un label plus que clairvoyant, un titre accrocheur – The Unwinding Hours partaient déjà gagnants. Mais ne perdons plus une minute, pendant que les heures se déroulent…

C’est dès « Knut », le premier morceau, que le talent des Unwinding Hours se manifeste dans toute son étendue : angoissantes, élégantes, épiques, ces six minutes sont une introduction parfaite au reste de l’album. Comme les morceaux des Explosions in the Sky – une référence qui reviendra régulièrement à l’écoute, en particulier sur « There are worse things than being alone » ou « Peaceful liquid shell » ou les trois derniers morceaux – « Knut » se fait d’abord uniquement instrumental. Pendant deux minutes entières, l’ambiance s’installe, emportant l’auditeur à la dérive dans un monde fait de répétitions, de rythmes lancinants et de montées maîtrisées quasiment insoutenables. Inconfortablement transporté, il lui reste l’envie d’exploser, encore retardée par une voix, qui, d’abord blasée, impose un obsédant « If we care, we will, we must get out ». Et c’est enfin l’élévation : Craig B s’écorche, comme dans une complainte enragée, lancée à son réveil douloureux. L’explosion est là, accompagnée d’un instrumental magnifié par des cordes qui s’emballent. Le morceau devient de plus en plus grandiose, comme quelque chose à écouter à plein volume, regardant le ciel pour s’élever hors de cette horreur quotidienne (incarnée à merveille par la voix désincarnée du début) et ressentir enfin quelque chose. Alors le calme pourra revenir après cette tempête purificatrice. Un calme dont on ne sait déterminer s’il signifie la paix ou la mort, comme à la fin de « There are worse things than being alone » quand s’éteint, dans une mélodie à la guitare faussement calme, l’explosion musicale qui avait étouffé l’auditeur quelques secondes plus tôt.

Pourtant, pas de lourdeurs vulgaires sur l’album des Unwinding Hours, produisant des morceaux au bord de la pop-folk, tubes en puissance comme « Tightrope », ou ballades mélancoliques comme « Solstice ». Finies alors les montées en puissance : plus posée, l’atmosphère est celle d’un épanchement nostalgique. Le constat que quelque chose s’achève ou que quelque chose commence. Dans les deux cas, quelque chose qui emporte doucement, comme la douceur de ces mélodies et surtout de la voix de Craig B. Se fait alors jour sa pureté envoûtante, capable de transporter l’auditeur aussi bien par un refrain plus que répétitif (« No i don’t know » à la fin de « Peaceful liquid shell ») comme par des textes plus construits sur « Little one » ou « Final Hours ».

A retenir donc, l’immense talent des Unwinding Hours, qui n’excellent jamais tant que dans le mélange entre un instrumental magnifique et un chant qui le complète parfaitement. Dans ce déroulement des heures passées ensemble, se débobine le fil des émotions : le sentiment de la perte, l’abandon, la plainte (« Child »), la colère, la mélancolie ou encore la nostalgie. Et de cette palette, comment se sortir autrement que par un élan lyrique, une explosion musicale ou, en fait, une dérive salvatrice ? Une dérive comme le naufrage magnifique d’ « Annie Jane » (« Through the night, through the day, I want you drift away, drift away, drift away ») ou comme celle que nous offrent les Unwinding Hours ?

Label : Chemikal Underground/Pias – Sortie : Février 2010

2 réponses sur « The Unwinding Hours – The Unwinding Hours »

Tres bonne critique pour un tres bon album. Deja fan de AEREOGRAMME depuis leur premier, j’ai achete sans hesiter ce nouvel opus en téléchargement légal puis en original (pour le puriste que je suis qui possede déjà une grande partie de leur discographie). Je regrettes juste qu’ils ne soient jamais venu en France pour un concert et juste le manque de reconnaissance car leur style et leurs albums dépasse un niveau musical que peu de groupes ont reussi a atteindre; Voila je souhaites vraiment donner envie de se pencher tres serieusement sur Aereogramme et The Unwinding Hours pour que ces gars la puissent continuer a creer et surtout faire de tres bonne concerts. Merci.
Par contre pour la tournee de The Unwinding Hours (meme si je n’aurais pas la chance de les voir) esperons qu’ils n’oublient pas d’anciens titres de Aereogramme….

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