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Interview – Thomas Fersen: l’amour des objets, des chaussures… et des bons mots !

À l’occasion de la sortie de son neuvième album Thomas Fersen & the Ginger Accident le 23 septembre, celui qui peut être considéré comme l’inventeur de la nouvelle-nouvelle-nouvelle scène française nous a accordé un peu de son temps pour une interview. Entre rires et anecdotes, la gentillesse de Thomas Fersen, qui nous parle de son humanisme à lui, rend toute chose plus belle.

Ce lundi 23 septembre sort Thomas Fersen & the Ginger Accident, comment s’est passée la collaboration avec le groupe The Ginger Accident ?

J’avais déjà enregistré le disque en grande partie et j’en étais à la phase où je commençais à travailler sur les arrangements. À l’époque, je tournais avec une pièce de théâtre qui s’appelle Histoire du Soldat. C’est un conte musical qui m’a fait passer par Villefranche-sur-Saône, et le directeur Alain Moreau, qui organisait un festival de musique actuelle, m’a donné une compilation des artistes qu’il invitait. Je rentre chez moi, j’écoute ça et j’ai découvert The Ginger Accident. Et tout de suite, j’ai été séduit par leur son de groupe, leurs arrangements, leur créativité, et j’étais assez perplexe. Je suis alors entré en contact avec Cédric Le Chapelle et je lui ai proposé quatre chansons  pour qu’il les arrange. Ce qu’il m’a renvoyé me plaisait énormément alors j’ai oublié tout ce que j’avais fait avant et j’ai tout recommencé avec eux.

Quels titres avaient été envoyé en essai à Cédric La Chapelle ?

Il y avait Billy The Kid, qui est un morceau du spectacle mais qui n’apparaît pas sur l’album, Donne-moi un petit baiser, Mes compétences et Les Pingouins des îles.

En parlant des Pingouins des îles, pourquoi ce titre ?

Dans mon village en Bretagne, il y a une école de voile et les moniteurs appellent les mauvais élèves de cette façon. Ils leur disent : « vous êtes vraiment des pingouins des îles ». C’est quelque chose qui m’a été rapporté par les jeunes de mon village et que j’ai trouvé amusant. Alors j’ai voulu faire une chanson pour mes jeunes copains du village. C’est une chanson pour eux, elle leur est dédiée sur mon album.

Vous habitez en Bretagne depuis longtemps ?

J’ai une maison en Bretagne depuis une dizaine d’années mais j’y habite à part entière depuis peu de temps. Mais, mes enfants sont à l’école là-bas.

Dans l’album, vous l’évoquez, cette Bretagne, quand vous parlez du curé de Lanmeur, dans Qui est ce baigneur ?

Oui, parce que j’ai beaucoup de copains et de copines qui me racontent des histoires. Le curé de Lanmeur ça en fait partie. C’est une copine qui m’a raconté cette histoire : en rentrant à cinq heures du matin, elle passe dans un vieux chemin en bord de mer et voit une tête qui nage au loin. Évidemment à cinq heures du matin, elle s’est interrogée et elle a reconnu le curé de Lanmeur. Elle m’a raconté ça : « ce matin, j’ai vu le curé de Lanmeur qui se baignait ».

C’est assez représentatif de votre façon de faire des chansons : c’est une histoire, une anecdote qui devient une chanson, vous en faites une fable...

Oui, et il y a quelque-chose de mystique dans cette histoire de curé qui va se baigner à cinq heures. L’eau c’est le baptême, c’est la procession des dames, il y a quelque-chose d’assez métaphorique à faire avec cette histoire. C’est assez joli comme image. Et c’était aussi pour rendre hommage à mon amie, j’aime bien écrire des chansons pour mes amis.

Moi, personnellement, je vous connais depuis mes 9 ans parce que j’ai dansé sur La Chauve-souris à la kermesse de l’école. Il paraît que ça arrive assez souvent avec cette chanson ?

(Rires) Cette chanson a été prise par l’Éducation Nationale dans les programmes, du coup ça m’arrive assez souvent. Et en fait, c’est un tube dans les écoles. Ça me fait très plaisir, parce que c’est imprévu pour moi. Quand j’ai écrit la chanson, je n’avais pas du tout pensé à ça. Ce n’était pas une chanson qui était destinée aux enfants et je pense qu’ils s’approprient les choses. Je suis très content.

Ça continue encore ?

Oui, je reçois toujours des petits dossiers que les écoles m’envoient. Les enfants font plein de trucs, des exposés sur La Chauve-Souris, ils apprennent à écrire leurs propres contes en prenant cette histoire pour exemple. Franchement, je trouve ça super.

Vous avez déjà participé à des activités avec des écoles ou avec des enfants ?

On m’a très souvent demandé et j’ai très rarement pu satisfaire les demandes. Il y en avait beaucoup. C’est arrivé une ou deux fois seulement.

On a pu découvrir les teasers animés des chansons Les femmes préfèrent, Donne-moi un petit baiser ou encore Mes compétences, on se souvent du clip de Deux pieds, vous avez un rapport particulier avec le dessin animé ?

J’aime bien l’animation et j’aime bien certains dessinateurs. La pochette de mon album précédent (Je suis au paradis) a été dessinée par Christophe Blain. J’aime beaucoup son travail et c’est moi qui le lui avait demandé à l’époque. C’est devenu un très bon copain.

Vous avez participé à la BO d’Ernest et Célestine dernièrement…

Oui, on m’a appelé au secours pour écrire les paroles. C’est rare que je fasse un travail à la commande mais là je leur ai proposé quelque-chose qui leur a plu. Et voilà !

Dans Mes compétences, vous énoncez une liste de petites choses qu’on sait tous plus ou moins faire. Vous savez tout faire ?

Je ne sais pas tout faire non. Je sais gober une cacahuète, et encore une fois sur deux.

Et la Tour Eiffel avec un élastique ?

Ah, je savais faire un soutien-gorge. Ce n’est pas tout à fait pareil mais ça ressemble. C’était ma sœur qui faisait ça, alors je l’imitais. Je savais faire le slip aussi, mais l’un après l’autre, pas avec un seul élastique.

Dans tout votre répertoire, quel est votre personnage favori ?

Joe-la-Classe peut-être… Ou Monsieur. J’aime bien les incarner les uns les autres. Surtout, ces personnages c’est d’abord un peu moi.

Vous mettez une grosse part de vous dans vos chansons ?

Bien sûr, il y a une grosse part autobiographique. Et puis, après je les incarne ces personnages, donc je les sens vivre en moi quand j’écris. C’est ça qui motive mon écriture. Et j’essaie de les incarner après sur scène. Je n’ai pas de formation théâtrale, mais j’ai toujours eu ça en moi, socialement.

Vous avez une écriture très visuelle, puis vous incarnez vos personnages, il y a quand même une part très théâtrale…

Oui, tout à fait. J’aime incarner, j’aime m’amuser, j’aime rire. C’est un plaisir enfantin d’incarner, de jouer à Superman…

Vous partez bientôt en tournée avec Thomas Fersen & The Ginger Accident, on va voir beaucoup de personnages ?

Oui, surtout Joe-la-Classe parce que c’est lui le personnage principal. Il est là dans Mes compétences, dans Donne-moi un petit baiser. En fait, c’est un type de la campagne qui vient faire un tour en ville. Il y a un peu de lui dans Viens mon Michel. J’aime bien, c’est un peu mon histoire, les gens de la campagne qui viennent vivre en ville.

Vous êtes un citadin ?

Je suis né à Paris, mes parents sont venus y vivre avant ma naissance. J’y suis né, j’y ai grandi et j’y suis toujours resté mais bon, cela fait 20 ans que je parcours la France, en long, en large, en travers, et je ne peux plus m’en passer.

C’est ce que vous préférez, être sur scène, avec le public ?

Oui, j’aime bien ça, on fait la fête. C’est comme si vous passiez une bonne soirée. Oui, j’aime ça. Après les concerts de festival, je fais la fête aussi.

Vous parlez beaucoup d’amour dans ce disque, c’est un bon sujet, ça vous motive ?

L’amour ? Oh oui, ça me motive énormément. Mais sous toutes ses formes, l’amour des objets, des chaussures, l’amour des gens, des situations, de la vie quoi.

Vous êtes quelqu’un de joyeux alors ?

Je pense que c’est important d’appuyer sur l’amour du côté du plaisir, de la fantaisie, plutôt que du côté du drame, du tragique. Je pense que notre société insiste beaucoup trop sur ce point-là. Dans l’amour, il y a du drame et de la joie mais c’est le drame qui l’emporte dans notre société. C’est assez pesant, mon rôle à moi, mon contrat social, c’est de peser du bon côté. Ce n’est pas la peine d’en rajouter ! C’est mon parti pris. Et en même temps, pas à n’importe quel prix non plus. Mon contrat, c’est de rendre les gens heureux, c’est mon humanisme à moi.

Quel est le plus beau compliment qu’on vous ai fait sur votre musique ?

Qu’on a passé une bonne soirée, qu’on a rêvé, qu’on a imaginé. Les gens oublient leurs problèmes, les gens arrivent à reprendre confiance, pour repartir en avant. Et puis, on m’a déjà dit que ma musique les aidaient à vivre. C’est super !

 

Merci à Amélie Mousset et à Thomas Fersen.

 

Propos recueillis par Auriane Hamon
Crédits photo: Michela Cuccagna

5 réponses sur « Interview – Thomas Fersen: l’amour des objets, des chaussures… et des bons mots ! »

On sent une certaine frustration Molo 😉

Désolée pour la redondance en tout cas!

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