Catégories
Chroniques

Grasscut – Unearth



Certaines mauvaises langues diront que comparer un album à un voyage est un énième cliché du chroniqueur fainéant. Là, pourtant, c’est justifié pour ce Unearth, deuxième album de Grasscut. Le remarqué 1 Inch: ½ Mile avait ouvert la voie l’année dernière en nous donnant l’échelle de leur carte musicale. Aux neuf titres était jointe la carte du village paumé de Balsdean dans le Sussex. Pour ce second opus tout de bleu vêtu, pas de plan, pas d’indications, on sait où on va, et franchement j’y allais avec enthousiasme. C’est parti pour un voyage au centre de la terre.

Unearth déterre (!) des mélodies paradoxalement très aériennes, où dès le premier morceau, Cut Grass, on est amené à Spurn Head près de Hull dans le Yorkshire. Comme un jeu de piste, les 10 titres de l’album sont illustrés par 10 photos au dos de la pochette, autant de paysages, pêle-mêle londoniens, new-yorkais ou gallois qui ont inspirés chaque chanson. Pour la petite histoire, il existe une version alternative d’Unearth, qui comprend 10 versions différentes de chacune des titres de l’album. Chaque piste se trouve dans une unique cassette qui a été cachée (avec un walkman) dans une boîte dans dix endroits différents en Angleterre. Les indices sont disséminés sur Twitter ou en vidéo. Tout fan qui postera une photo de lui-même en train d’écouter la piste parallèle au lieu donné recevra un exemplaire dédicacé du CD de la version parallèle. Là, je crois qu’on a plus le choix, on file à Charles de Gaulle direction London ! Fin de la digression.

Le premier titre, Cut Grass donc, arrive doucement, s’étend et s’échappe comme il a débarqué, avec poésie et délicatesse. Un peu plus speed, Pieces sert de l’electronica de qualité, où une base plutôt sombre est contre-balancée par des sons 8-bit enjoués et une voix rêveuse mais accrocheuse. L’accent est beaucoup plus donné sur la voix dans Unearth que sur le premier album, avec un traitement vocal à la Air, agréable mais toutefois assez commun. On retrouve sur le titre Richardson Road Robert Wyatt de Soft Machine aux côtés du compositeur, producteur, multi-instrumentiste et interprète de Grasscut Andrew Phillips. En étant tout à fait honnête, ce n’est pas forcément le meilleur morceau, pas accrocheur pour un sou et pas très riche en ambiance étonnante… Loin de moi l’idée de dire que l’album est inégal. Richardson Road est le seul morceau qui pourrait avoir du mal à convaincre. Pour les autres invités, Gazelle Twin participe à l’excellent A Mysterious Disappearance, espèce de mélange entre rythme de presque-tango, sons électro, superpositions de voix délicieuses et pléiade de cordes. Seb Rochford des Polar Bear s’invite quant à lui aux percussions.

Pour faire bref, ce Unearth est la confirmation que la recrue Ninja Tune en a dans ses tiroirs, et sait non seulement envoyer de la musique de très grande qualité mais aussi défendre un concept de voyage original. Loin d’être mou, l’album offre une certaine plénitude bienvenue sans être trop facile.

En cadeau, le clip de From Towns and Fields, 7ème piste de l’album.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *