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Lescop – Interview – 2012

Dans le cadre du Fnac Live il y a quelques mois, nous avons rencontré Matthieu Lescop juste après son concert . Il revient le 1er Octobre avec son premier album après un EP remarqué. Nous avons découvert un homme chaleureux à l’univers paradoxalement sombre. Rencontre.

Tu étais le chanteur d’Asyl, groupe à guitare de La Rochelle… C’est une pause, ou on doit vraiment pleurer sur la tombe du groupe ?

Je ne réponds jamais à cette question, j’ai envie de laisser planer le doute… Là ce qui compte aujourd’hui, c’est Lescop et c’est les projets des autres Asyl, comme Lady Chevrotine, le projet du bassiste Antoine de Saint-Antoine.

Ta musique fait tout de même très années 80… Nostalgique, admirateur ?

C’est pas une nostalgie de cette époque, j’étais trop petit.. Je ne me suis pas dit que j’allais faire un disque qui sonne années 80, je ne suis pas un défenseur de ça. En fait, je m’en fiche un peu des années 80, ce qui compte pour moi c’est de faire de bonnes chansons, et je pense en avoir fait sur cet album. Ca a sonné comme ça parce que je pense que c’est la façon de faire qui est la même que celle d’Etienne Daho ou de Taxi Girl. Je pense qu’on a des références en commun, comme cette façon de regarder ailleurs dans le cinéma ou dans la littérature. C’est pour ça que le rendu est similaire, mais il n’y a pas de volonté « esthétique » sur les années 80.

Pour toi, il y a quelque chose qui cloche avec le rock français de cette décennie ?

Pour moi ce qui cloche c’est qu’on essaye souvent de faire de la chanson française avec un son rock. Ou alors on essaye de faire de la chanson française avec un son anglais. C’est pour ça que ça ne marche pas ! Ce qu’il faut c’est inventer notre propre langage de musicien pop français. Aujourd’hui, il y a plein de groupes qui le font très bien : Mustang, La Femme, Pendentif, François and the Atlas Mountains… Il y a beaucoup de nouveaux groupes qui sont en train d’écrire pour le français, et ça va compter pour la suite.

Mais tu ne t’es jamais dit que tu pourrais écrire en anglais ?

Je suis français, je tombe amoureux en français, je me mets en colère en français, je me fais mal en français… Alors j’écris et je m’exprime en français.

Et si tu nous racontais comment s’est créé ton premier album… C’est un projet solo, mais épaulé par John et Jehn : comment ça s’est passé ?

Ca s’est fait sur 2 ans et demi d’enregistrement par petits morceaux. C’est un projet solo avec des gens autour de moi. De toute façon, il n’y a pas d’artistes solo qui font tout de A à Z… Enfin il y en a quelques uns mais c’est très rare, il y a toujours quelqu’un derrière qui accompagne le projet.  John et Jehn c’est ça : John qui a produit, Jehn qui a fait le premier clip de La Forêt. Ce sont des gens qui m’accompagnent, qui voient où je veux aller parce qu’ils me connaissent très bien, depuis 15 ans. Je suis le premier signé sur le label Pop Noire. C’était important, parce que je savais que je pouvais faire absolument ce que je veux sur ce label. Comme ça, avant d’aller voir des maisons de disque importantes, mon projet était déjà en place, tel quel, et impossible de me faire changer de direction. Quand je me suis lancé en solo je savais qu’il fallait que j’aie des personnes comme John et Jehn pour m’accompagner.

Vous avez enregistré à Londres…

On a enregistré à Londres parce que leur studio est là-bas mais c’est bien aussi d’être à l’étranger, surtout quand tu chantes en français : les différences en tant que tu as en tant que français, ton identité de français te saute aux yeux.

Raconte-nous un peu l’histoire des deux gros titres La Forêt et Tokyo la Nuit

La Forêt, c’est l’histoire d’un mec qui a rendez-vous avec sa copine dans la forêt, et elle se venge de toutes les saloperies qu’il a pu lui faire.

C’est étonnant, quand on sait que c’est un garçon qui écrit… On a plus l’habitude de s’en prendre un peu plein la tête nous les filles…

Mais justement, il faut que ça change un peu pour une fois ! (rires)

Et Tokyo La Nuit s’inspire du livre Confession d’un masque de Mishima, et dépeint l’ambiance des milieux gays de Tokyo dans les années 50.

Tu dis souvent que tes influences viennent de la littérature, du cinéma, c’est assez surprenant… Tu n’es plus inspiré par d’autres musiques ?

Quand j’étais ado, j’arrivais à écouter un disque et à ressentir des trucs qui m’inspirent pour un texte. Sauf qu’ensuite, plus j’écoutais de musique, plus je me rendais compte qu’il y avait 5 groupes par jour qui naissaient, avec beaucoup de déchets. Ca a finit par me lasser. Bien sûr j’écoute encore énormément de musique, ce serait un non-sens que de dire que ça ne fait plus parti de ma vie. Mais j’ai juste cherché mon inspiration ailleurs. Et puis, comme tu l’as dit, c’est surprenant, et ça c’est bien. C’est comme en séduction. Quand tu veux plaire à quelqu’un, tu ne vas pas dire tout de suite qu’elle te plaît, tu vas faire semblant de rien en avoir à faire. C’est pareil finalement. En passant par d’autres inspirations, je reviens toujours à la musique mais avec des idées un peu plus fraîches que si j’avais pêché mes idées dans des CD.

Pareil pour Marlène Dietrich (un des titres de Lescop, Marlène, s’inspire de la vie de Marlène Diestrich, nda) ?

Oui exactement. Ma mère avec un vinyle de Marlène Dietrich que j’écoutais en boucle quand j’étais petit. Elle m’a toujours fascinée. Son côté beauté venimeuse, sa voix rauque et en même temps paradoxalement très maternelle, son visage particulier et son corps généreux. Non, franchement, elle m’a toujours fait quelque chose en plus de son histoire hors du commun. Sur Marlène j’ai voulu dépeindre tout ça.

L’enfance reste un essentiel dans l’exercice d’écriture ?

Oui, bien sûr, l’enfance est ultra importante, dans la mesure où on livre toujours quelque chose de personnel quand on écrit. Même quand ce n’est pas autobiographique, l’enfance a toujours une incidence, parce qu’on se construit par là, nos forces, nos faiblesses, nos obsessions, ce qui nous excite et nous enthousiasme…

Pourquoi ton univers est si sombre ? Pourquoi de la Pop Noire, pour reprendre le nom de ton label créé par John et Jehn ?

Parce que, dans mon cas du moins, ce qui nous touche n’est pas souvent très rose. Par la musique, j’exprime ça. C’est en effet de la pop noire. Noire parce que ça me touche particulièrement et pop parce que populaire, le but c’est que les gens puissent danser dessus. Ca permet aux gens sur scène d’extérioriser des choses souvent sombres, et aux gens dans la fosse de passer un bon moment… C’est un échange.

Dans ton EP, il y a plusieurs remixes, notamment par Mustang… C’est important d’imposer ça à ses titres, ça ne fait pas trop peur ?

C’est le jeu maintenant de passer par des remixes et franchement c’est plutôt rigolo de donner sa chanson et de voir ce que d’autres peuvent en faire. Ils te font parfois voir des choses que tu n’avais pas vues avant, c’est intéressant de redécouvrir comme ça ce que tu as produit. Donc au final c’est plus amusant qu’effrayant !

Et maintenant, tes projets ?

L’album qui sort en Octobre et tourner tourner tourner. Ce soir, c’était l’occasion de faire découvrir ma musique à un public plus large, de montrer ce que je sais faire. Mais en tournée, le but ce sera d’installer une vraie scénographie, avec des lumières surtout, pour faire rentrer les gens dans mon univers.

Ton univers en trois mots ?

Coupant, sexué et squelettique.

Le premier album de Lescop sortira le 1er Octobre ! En attendant, un petit teaser :

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