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Interview – Moongaï: « Je pense plus ‘poésie’ que ‘chanson' »

Moongaï est un jeune duo nantais que je connaissais juste de nom suite à leur collaboration avec C2C. Pourtant, Moongaï est un groupe que j’ai découvert et écouté avec plaisir.

Leur EP sorti en avril dernier chez Warner Music s’ouvre avec Looping. Une chanson qui donne le ton ! De l’électro pop très maîtrisé, sympa à écouter et la voix fine d’Eva Ménard est remarquable et rafraîchissante. Les cinq chansons sont écrites en français. Ça fait plaisir ! Cosmofamille est plus électro rock, c’est la chanson que je préfère. Vient ensuite Zombie. Un morceau surprenant (à partir de 2min12 !). Cryptogénique, du nom de l’EP, est un morceau profond qui nous plonge directement dans l’univers particulier, sombre et excentrique du groupe. L’EP se clôture tout en beauté avec la ballade J’oublie.

Et pour en savoir un peu plus sur Moongaï, ADNSound leur a posé quelques questions, en attendant leur live aux Francofolies le 16 juillet…

Tout d’abord, pour ceux qui ne connaîtraient pas (encore) Moongaï, pouvez-vous vous présenter en quelques mots?

Moongaï est un duo d’électro-pop française. Un univers excentrique, tout du moins libéré, une équipe en live qui explose, une banane rousse, gants noirs, boutons de manchette, une combinaison de lâcher prise et d’élaboration méticuleuse.

Pourquoi avoir choisi ce nom “Moongaï” ?

« Moon » est une référence à la lune car cet astre suscite chez moi depuis bien longtemps  une grande fascination. Enfant, je laissais libre cours à mon imaginaire en la contemplant, elle représentait le monde des possibles. Aujourd’hui, la musique représente ce futur dont je rêvais, comme un clin d’oeil aux promesses de l’enfance, le pont entre le présent et mon histoire, une connexion à la Saint-Exupéry : « On est de son enfance comme on est d’un pays ». « Gaï » quant à lui nous symbolise Greg et moi, dans différentes langues. C’est du point de vue sonore « guy » en anglais, le type de la lune, c’est aussi en latin le « fiancé » de la lune, et en japonais, c’est « l’étranger » de la lune.

Parlez-nous un peu plus de ce premier EP digital… Vous avez écrit toutes les chansons ? Comment s’est passé l’enregistrement ?

Cryptogénique est né de l’album Cosmofamille, fruit d’une gestation d’un an environ entre les quatre murs de notre bien-aimé studio. Nous avons choisi cinq titres qui nous semblaient parler au mieux de Moongaï, représenter le camaïeu de notre musique et la dualité qui l’habite : une écriture à la fois brutale, instinctive et soigneusement travaillée. La seule règle que nous nous sommes fixés en amont était : pas de limite ! Cela a laissé la place à des orchestrations riches, des cordes, des cuivres, piano, choeurs, matières électroniques en tous sens, ponts abrupts, changement de tempo au milieu du morceau (comme dans le titre Zombie). Nous avons ainsi passé beaucoup de temps à enregistrer tous deux ce vaste instrumentarium dans notre studio, Greg en cabine de prises, moi en régie, puis l’inverse ; nous avons également rencontré des artistes passionnants pour interpréter certains arrangements (cordes, cuivres, piano).

Quant aux textes, je n’avais pas d’idée fixe au préalable, je ne me suis pas dit « je vais parler de rupture, de pigeons, de famille, de cuisine », mais lorsque je les analyse, je me rends bien compte qu’il y a une obsession personnelle qui en ressort, une obsession pour la quête de liberté. Même quand on essaie de s’échapper, on se retrouve finalement toujours dans ce qu’on écrit et mes personnages ne parlent que de ça d’une certaine façon.

L’apogée de cette aventure est survenu dans la rencontre d’un autre duo, les photographes Nick&Chloé, qui ont su traduire notre musique en images, mieux réinterpréter, sublimer. Cela a fait naître la couverture et le livret de l’Ep Cryptogénique, où chaque photo vient raconter à sa manière l’histoire des cinq morceaux.

Pourquoi écrire toutes vos chansons en français ? C’est une volonté de ne pas succomber à la mode du “j’écris tout en anglais” ?

Avec notre bagage de pop indie, musiques électroniques, j’étais plus intéressée il y a dix ans par l’écriture mélodique que le texte et les premières chansons que j’ai écrites étaient en anglais. A cette époque, nous avons eu la chance de partir jouer en Irlande et en Angleterre avec notre ancien groupe, et j’ai découvert la joie d’échanger avec un public qui comprend les textes. Cette tournée a été l’élément déclencheur du passage au français, la concrétisation du désir de jouer avec une langue « naturelle », et ô combien poétique.

Il me semble aujourd’hui que le fait d’être passée globalement à côté de la chanson française a structuré mon rapport à l’écriture. Je pense plus « poésie » que « chanson », je ne choisis pas entre la musicalité ou le sens de la narration, il faut faire sonner le verbe français, qu’en découle la pop, la mélodie, et que l’histoire habite la forme. Je n’ai jamais eu autant de plaisir à l’écriture que depuis ce passage au français, il ne s’agit pas de mode mais bien d’un cheminement personnel.

Cet EP précède-t-il un album à venir ?

Cosmofamille est au frais, la sortie est prévue à la rentrée.

Quelles ont été vos inspirations ?

Nos inconscients… Et de façon plus directe, ce qui les traverse, à savoir la vie, les gens, les tics et les tocs, les ambivalences, les contradictions, les demi-teintes, l’esthétique tic tic.

Avec quel(s) artiste(s) rêveriez-vous de collaborer ?

Il y a en a tellement ! Dans le désordre et de façon improbable et irrationnelle : Nigel Godrich, Paul Auster, Andreas Nilsson, Paul Thomas Anderson, David Fincher, Alexander McQueen (même s’il n’est plus…), Karl Lagerfeld (pour Greg), Gregory Crewdson, Erwin Olaf, Spike Jonze…

Vos principales influences musicales ?

Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avions chacun notre propre bagage musical. Greg s’est nourri de jazz, hip-hop, soul, moi de musique classique, un peu de jazz et de pop parfois douteuse. Puis dès le début de notre histoire, nous avons beaucoup écouté de musiques électroniques, IDM, pop indie, trip-hop, musique contemporaine.

Vous êtes partis pour une tournée en Inde en 2012. Pourquoi cette destination ? Comment était le public ?

Nous avons été invités dans le cadre d’un échange inter-régional avec la zone du Tamil Nadu en Inde Sud et avons pu jouer dans divers festivals et alliances françaises. Le public que nous y avons rencontré nous paraissait extraordinaire, très démonstratif, sensible à la performance instrumentale, la rapidité d’un trait, le partage sur scène. Se produire à l’étranger pour un artiste est passionnant, cela change les points de repères, libère les codes de conduite, donne à voir une réception différente d’un même morceau. Nous avons savouré chaque minute de cette tournée.

Votre playlist du moment ? Que peut-on trouver dans votre iPod ?

Grizzly Bear – Gun-Shy

Jon Hopkins – Vessel

Half Moon Run – Full Circle

Atoms for Peace – Ingenue

Pigeon John – The Bomb

Fever ray – If I had a heart

Sohn – The Wheel

Man / Rasim Biyikli – All

Philip Glass – Metamorphosis Five

Local Natives – Heavy Feet

Moongaï – Zombie
http://www.youtube.com/watch?v=JsO9ynze8h0

 

 

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