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Nada Surf Live – Le Bataclan – 02.2012

Jusqu’ à ce mardi de St Valentin dans un Bataclan prêt à craquer Nada Surf restait pour moi un groupe sans visages, absents en tous cas des pochettes de leurs disques. Plutôt un son, un esprit power pop, ces chansons vives, ramassées, aux mélodies légères mais aux guitares enlevées et parfois cinglantes.

Pour commencer les san franciscains de Waters nous ont joué une demi heure de rock indie américain attachant et tourmenté, toutefois la voix de tête étranglée, approximative dans les aigus et parfois nasillarde du chanteur rendent selon moi l’ expérience  ardue sur la longueur de cette honorable première partie.

Enfin Nada Surf déboule sur scène avec leur look d’ étudiants ; chemises à manches courtes et cravates, Mathews Caws au chant, visuellement un cousin de Beck et Thurston Moore, puis Daniel Lorca bassiste dégingandé aux longues dreadlocks, qui s’ adressent à nous dans un très bon français sans doute perfectionné pendant leur scolarité au lycée français de Manhattan.

Son compact, chant qui survole aisément la cavalcade des guitares et la batterie marteau pilon, ces américains dévoilent la plupart des chansons du nouvel album The Stars are Indifferent to Astronomy,  à la fois mélodique et énergique, qui gagne encore en chair sur scène où la dynamique entre accélérations rock et accalmies plus tendres et rêveuses trouve parfaitement sa place. Nada Surf excelle dans les transitions entre les atmosphères, et d’ une mélodie à l’ autre à l’intérieur de ses chansons. Un talent de compositeurs qui rend le déroulement de leurs chansons extrêmement fluide, sauf bien sur quelques effets de rupture très intentionnels.

When I Was Young, Teenage Dreams, et bien sur quelques titres  millésimés 2005 (The Weight is a Gift, leur meilleur disque jusqu’ à présent) comme What Is Your Secret ? ou Always Love diffusent ce parfum de mélancolie douce amère qui constitue l’ aspect le plus précieux de leur musique.

Toutefois et contrairement à leur album Lucky de 2008 délicat et presque doucereux, Nada Surf ce soir là a joué fort, très fort même à partir du deuxième tiers du concert.

Tout en maitrisant complètement la cavalcade des guitares et quelques interventions ponctuelles du claviériste-trompettiste, qui joue parfois d’une guitare sèche inaudible sous le déferlement sonore, ce bombardement sonique du groupe doublé souvent de lumières blanches projetées directement dans l’œil du spectateur avec les clignotements d’usage m’ a progressivement plongé dans la léthargie.
Question de gout et bien sur fatigue consécutive à une journée de travail, toutefois je ne vous cache pas que l’ addition entre l’offensive sonore de la première partie et celle des Nada Surf qui ont lâché toute leur puissance dans un Bataclan fumant de chaleur éprouvèrent la résistance d’un vieux crocodile des concerts comme moi.

Je suppose qu’il s’ agit là du feeling du moment, l’ énergie chauffée à blanc, la catharsis, les inhibitions et frustrations qui explosent sous le choc sonique, etc, mais à ce stade de mon existence je ne crois plus trop en tout cela ; à partir d’un certain seuil le bruit ensevelit  en partie la musicalité des compositions et le spectateur mobilise ce qui lui reste d’ énergie simplement pour ne pas courir vers la sortie.
Cela dit, j’ ai vu un bon concert, entre autres parce qu’ en quinze ans de carrière Nada Surf s’est constitué un beau répertoire et maitrise bien son sujet, un groupe talentueux et à sa façon relativement original (dans la lignée de Big Star, grande influence du rock indie US) qui consolide de façon méritée son succès en France.

2 réponses sur « Nada Surf Live – Le Bataclan – 02.2012 »

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