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Laszlo – Mr Sunshine

Mr Sunshine, voilà un album qui porte bien son nom ! Car, si c’est la bonne humeur que Laszlo voulait insuffler à ses auditeurs en composant ce premier Ep, la mission est plus que remplie. Reste à comprendre qui est ce fameux Mister Sunshine, dont le seul nom prête déjà à sourire, et surtout comment il parvient à ses fins… Composez une mélodie entraînante, déformez le motif à votre guise et répétez ces quelques notes élémentaires : voilà la recette qu’a certainement suivi Laszlo pour composer son album. Simple, certes, mais surtout redoutablement efficace : la première écoute laisse enchanté, le rythme endiablé de ces quelques notes encore en tête et l’envie de danser chevillée au corps.

Grâce à ces principes d’une simplicité enfantine, Laszlo propose une palette de variations autour de son morceau phare, que constitue la première piste de l’album, le Mr Sunshine authentique. De la composition de ce titre originel aux trois morceaux suivants, tout n’est alors que jeu. Tout est là, car c’est dans ce jeu que réside sûrement l’essence de l’Ep. Quelque chose d’aussi énergique emportera les optimistes et agacera peut-être les cyniques… à tort. Car derrière le ludique se cache quelque chose de plus profond qu’il n’y paraît…

Le jeu commence en effet dès le motif de cordes qui structurera (presque) tout l’album : une mélodie dépaysante, qui transporte l’auditeur à l’autre bout de son quotidien, entre soleil et insouciance, voyage et danse. En quelques secondes, les expérimentations de Laszlo – bruits du vent ou de la mer, clochettes au pas sautillant et bruissements intriguants – ajoutées à ce motif musical ont atteint leur but : communiquer leur joie de vivre jusque dans nos oreilles.

Profitant pleinement des possibilités de l’électronique, Laszlo s’amuse sur les trois morceaux suivants et nous en fait profiter en variant les genres. Que ce soit sur des sonorités oniriques « Zeitgeist », une ambiance clubbing « Mr Sunshine – Ragga Waltz Remix » ou une électro plus léchée « Mr Sunshine – Todd Baker Remix », le groupe prend visiblement plaisir à magnifier ou martyriser son motif de départ. Le résultat est surprenant. Sur le deuxième morceau, « Zeitgeist », l’onirisme parfois inquiétant fait naître un doute sur l’euphorie ambiante : les envoûtantes voix féminines ne sont-elles qu’un rêve (« I felt like I was dreaming », chante une voix inquiétante), détournant du vrai danger des déformations vocales du début, celui du réveil ? Au contraire, « Mr Sunshine – Ragga Waltz Remix » – qui peut laisser une impression mitigée quant à la cohérence du projet – se mue en un tube digne des dancefloors d’Ibiza : l’insouciance du motif est déformée à l’extrême en saccades et répétitions. Mister Sunshine est-il autre chose que le simple instrument de l’oubli, dans la danse ? L’oubli qu’un rythme saccadé n’est parfois là que pour entraîner l’esprit des corps mal entraînés. L’obsédant écho s’apaise sur le quatrième morceau, qui parvient, en manipulant ce même motif, à mêler électro et bonne humeur. C’est donc avec le sourire qu’on accueille alors la note d’espoir, suspendue à la fin du morceau.

Mais Mr Sunshine serait un peu trop lisse s’il n’était qu’un exercice de style autour d’une euphorie musicale. Une performance certes ludique, mais qui aurait trop vite atteint ses limites : un motif endiablé qu’on aurait fait varier pour en faire une pub de gel douche tropical « Mr Sunshine – Ragga Waltz Remix », une sautillante mélodie édulcorée jusqu’à la musique de dessin animé « Zeitgeist » ou une électro s’éteignant dans un espoir aveugle. Heureusement, par son dernier morceau, Laszlo vient tuer dans l’œuf les avortons d’écueil qui poignaient à la lueur d’une écoute attentive. Davantage centré sur l’ambiance, « Anatolia » installe l’attente : bruits d’écoulements, vent qui souffle et frétillements suspendent l’action, loin des notes joyeuses du reste de l’Ep. Habitué à ce rythme incontrôlé, l’auditeur se prend à attendre le retour de la mélodie originelle. Une mélodie qui ne viendra jamais, laissant l’auditeur aussi abasourdi qu’à la fin d’un été toujours trop court. Et, lorsque le morceau s’achève, le silence pesant laisse sans réponse la question : où est passé Mister Sunshine ?

Label : Lydian – Sortie : avril 2010

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