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Interview Nadjim – avril 2010

Le Net, la toile en langage familier ; cette immense toile d’araignée où j’ignore encore comment j’ai trouvé ce fil. Ce fil s’appelle « Nadjim » ; et sur cette toile, il y a tissé la sienne : « Rien Ne Va Plus », une net-tape, 11 titres ; 11 chemins qui convergent vers le même point ; un sentiment, la joie ; la joie d’écouter quelque chose de bon, du vrai rap comme on en fait de moins en moins ; un rap conscient où « Nadjim » nous ouvre son cœur, sans faux semblant, en toute sincérité, n’hésitant pas à aborder des thèmes difficiles et personnels.

La couleur de l’album est un peu sombre. On sent des blessures, de la tristesse, de la souffrance. C’est le témoignage d’un être tiraillé entre ses démons et l’amour de la vie ; car c’est aussi un opus plein d’espoir et de positivité. Ecoutez le bouleversant « Sur le Cœur », ou le mature « Dans ma Tête », vous comprendrez pourquoi j’ai voulu le rencontrer.

Rendez vous est pris en ce vendredi frais mais ensoleillé avec « Nadjim » sur un des lieu du tournage de son clip « 2018 » featuring « Sirocco ». Direction l’île Saint-Louis en plein cœur de Paris. Rec…Play :

Pour commencer, pourrais tu te présenter ?
Je m’appelle « Nadjim », rappeur de 20 ans. J’ai commencé à écrire à l’age de 13 ans et à poser à 16 ans. Je fais plutôt du rap genre mélancolique. J’aime pas trop le rap « paillettes » on va dire. Je viens de Belleville dans le 20e.

Qu’est ce qui t’as amené à faire du son ?
Mes grands frères ! J’en ai trois, ils écoutent que du rap, toute la journée. Quand tous les jours t’entends du rap, du rap, du rap, que t’as ça dans la tète, t’es forcément obligé de rapper. Par contre, eux ne rappent pas. J’ai des cousins qui ont rappés et qui rappent ; ça te pousse.

Au début, c’était un peu pour rigoler ; après je me suis rendu compte que j’avais des choses à dire. Je ne me considère pas comme la plupart des rappeurs genre « je suis le meilleur ». Il n’y a pas trop de sons égotrip. Je parle de ce que je vois, de ce que je vis.

Quelles sont tes influences ?
Quand j’étais jeune c’était ce qu’écoutaient mes grands frères : « Lunatic », « Rohff », « Akhenaton »… ceux qui avaient une vraie plume, et tout ce qui a une plume, j’écoute !

Par contre, je suis pas du tout cainri. Mon problème, c’est que j’ai pas trop de flow par rapport à certains ; et je pense qu’en écoutant du cainri plus souvent, je m’améliorerais. En même temps je trouve que j’ai pas nécessairement besoin d’un flow de ouf pour les textes mélancoliques. Je travaille plus sur l’écriture. Je peux passer une semaine à écrire un texte, le refaire 20 fois, ne pas me précipiter ; et moins m’occuper du flow.

Parlons un peu de la net-tape « Rien Ne Va Plus » ; pourquoi une net-tape et pas un cd ?
Je me suis dis que ça servait à rien de commercialiser alors qu’on ne me connaît pas ; il y a des gens bien plus forts que moi qui ne tournent même pas sur internet. A la base c’est plus pour faire kiffer les gens que je connais. En plus je ne touche pas d’argent avec le rap, j’ai un enfant, donc mes sous vont pour lui.

Après, si ça marche, tant mieux, je serais content. C’est bizarre parce que mon entourage croit en moi ; perso, je suis moins optimiste, parce que pour percer faut vraiment aller vers les gens, aller au contact ; je ne suis pas comme ça, je suis réservé.

Tu vas un peu à contre sens de ce qui se fait en ce moment, ce que les gens écoutent en masse c’est le « gangsta » rap. Dans un de tes textes tu dis : « la nuit non ça tire pas / excuse je viens de niquer le biz de plusieurs reunois »
C’est ça. Moi j’habite à Belleville, c’est un peu chaud sans être un truc de fou. Je vais pas dire que je vis dans la merde, que je suis malheureux. J’ai jamais manqué de rien. Je vais pas faire comme ces rappeurs qui ont grandis comme moi, mais qui s’inventent une vie. Je vais pas dire que ma mère ne m’a pas nourri alors que c’est pas vrai, je vais pas dire que je vend de la drogue pour m’acheter des baskets alors que c’est pas vrai. J’ai fait des petites conneries comme tout le monde, ça s’arrête là. Je ne mens jamais dans mes textes, tu ne m’entendras jamais dire que j’ai vendu de la drogue ou tué quelqu’un ; et si un jour je perce, je continuerais dans ce délire la.

Pourquoi tes textes sont aussi mélancoliques ? On sent comme une espèce de souffrance.
Je me considère entre guillemets comme seul. En fait il y a plein de choses qui me sont arrivées dans ma vie personnelle qui m’ont touchées. Les premiers sons que j’ai fais, c’était après des événements. Dés que j’ai un problème, j’écris, comme une thérapie. Je fais rarement des sons quand je suis content.

« Sur le Cœur » par exemple, je l’ai écrit sur un coup de tète. Je venais de m’embrouiller avec ma copine, un soir d’avril. Je pétais un plomb ! J’étais sur internet pour penser à autre chose. Je cherchais des instrus ; et je tombe sur cette instru…direct j’ai commencé à écrire ; c’est parti comme ça ; et j’ai fait le texte en 10 / 20 minutes. C’était du one shot !

Tu parles aussi beaucoup d’amour …
Oui, on va dire que tu prends facilement mon cœur. Quand je parle d’amour c’est pas forcément de ma copine. C’est plus général. C’est aussi ma fille, ma mère…

Tu penses quoi de l’état du rap français ?
Bah j’écoute, j’en écoute tous les jours. Des gens disent que le rap français est mort, je ne trouve pas. Quand t’écoute « Youssoupha », « Kery James », « Médine »…les mecs sont forts. Ils ont des plumes, il y a du travail derrière. Je trouve qu’on a rien à envier aux américains.

C’est quoi tes projets ? Là on est sur un clip.
Oui, le clip « 2018 » avec « Sirocco » du 18e. Pourquoi « 2018 », parce que moi je viens du 20 et lui du 18. C’est un des rares sons égotrip que j’ai fait. C’est mon premier clip. Je vais le mettre sur le net ; et comme « Sirocco » sort sa net-tape avec son groupe « Urgence », le clip sera sur les deux projets.

Puis là, en même temps je prépare une mix-tape avec plein de featuring, qu’on va commercialiser dans la rue, si bien sur le projet est rentable. Le producteur c’est « Wilo », un pote à moi. Je t’explique le concept : ça s’appellerait « Itinéraire de Vie » ; une quinzaine de morceaux sur la vie d’un seul mec. Chaque morceau raconterait un événement de sa vie. Je voulais autre chose que la net-tape ; un truc à thème. Ca va être difficile à réaliser mais j’aime bien les défis.

Dernière petite question, que t’évoque l’association des mots Adn et musique ?
La vie !

C’est à la fois ravi et gêné que je quitte ce bonhomme plein d’humilité, ce genre de personne qui vous donne à réfléchir ; une de ces rencontres dont on sort un peu plus grandi.

Un grand merci a « Nadjim » pour cet entretien ; ainsi que « Sirocco », « Wilo » et leur équipe.

« Rien Ne Va Plus » la net-tape disponible en téléchargement libre ICI !

http://www.youtube.com/watch?v=1Mn0WQvbvoA

1 réponse sur « Interview Nadjim – avril 2010 »

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