Catégories
Chroniques

CocoRosie – Tales Of A Grass Widow

Lundi 27 mai 2013. Jour de sortie tant attendue du cinquième album de CocoRosie qui a été leaké quelques semaines avant sa sortie, et qu’on pouvait écouter la semaine dernière sur le site Internet du New York Times. CocoRosie est un groupe nord-américain que j’aime depuis leur premier album sorti en 2003 : La Maison de Mon Rêve. Pour moi, la musique de CocoRosie est une musique inclassable et indéfinissable. C’est une musique que l’on ne peut comparer tant elle est unique. Bianca (Coco) et Sierra (Rosie) Casady m’ont toujours fasciné. Que ce soit leur musique, que ce soit les deux sœurs. J’ai lu et vu je ne sais combien d’interviews sur elles, des interviews où l’on apprend des choses différentes à chaque fois, comme celle où Sierra confie que Bianca voudrait se faire “enlever” les seins….

En mai 2010, je suis allée les voir au Casino de Paris lors de la sortie de leur album Grey Oceans. Moment magique. Ceux qui y étaient savent de quoi je parle ! Déjà, la première partie du concert était à couper le souffle avec Light Asylum. Quant au duo Casady, il était magistral, ainsi que Tez et ses beatboxs inégalés.

Après trois singles depuis Grey Oceans, CocoRosie est donc de retour, dix ans après leur formation, avec Tales of A Grass Widow (“Contes d’une divorcée/femme séparée” en français), un album somatique et psychique, réalisé en collaboration avec le compositeur islandais Valgeir Sigurðsso, surtout connu pour avoir travaillé avec Björk. La cover de l’album montre une photo, d’une coupure de journal peut-être. C’est le portrait coupé (il commence à partir du nez) d’une femme. Elle a une cicatrice vers le cœur. Sur sa poitrine, un W de chaque côté. W de Widow ? Elle a les lèvres coloriées en rouge et une petite larme bleue dessinée. Un visage sans regard, un corps meurtrie, une larme. L’album de CocoRosie parle de l’enfance que l’on a eu ou que l’on s’imagine parfois… de ses souvenirs, de ses fantômes… Ainsi que de l’enfant abandonné de tous, qui trouve le réconfort auprès de mère-nature. Dans une interview accordée au Monde, Bianca explique : “La figure de l’innocence et les traumatismes qu’elle subit sont au centre de cette collection d’histoires sombres. L’image de l’enfant est aussi métaphorique. Nous dressons des parallèles entre enfance et écologie, entre la façon dont sont traitées, en particulier, les petites filles dans certains pays, et celle dont les hommes disposent des ressources naturelles”. En effet, à l’écoute de l’album, on ressent beaucoup de souffrance, de tristesse, mais également de l’apaisement, de la joie, qui vient de la nature.

Dans Tears For Animals, mère-nature est évoquée. Dès les premières secondes, je reconnais la voix d’Antony Hegarty de Antony and The Johnsons, un groupe que j’ai toujours particulièrement affectionné. Antony, -que Bianca et Sierra considèrent comme leur ange-gardien-, chante en boucle “Do you have love for humankind?” (“Avez-vous de l’amour pour l’humanité ?”) Les voix de Bianca et d’Antony se conjuguent parfaitement.

Quelques sonorités électro sur le morceau et des bruits lointains auxquels s’ajoutent la voix d’opéra de Sierra. Gravediggress est mon morceau préféré. Il nous transporte dans un monde mystérieux et lointain. On entend de l’orgue en intro… Superbe. Gravediggress raconte une conversation imaginaire entre un enfant abandonné et une vieille femme marginale. La jeune fille lui supplie d’enterrer son amour dans le sol pour le garder. Puis les voix finissent par se mélanger, laissant supposer que la femme et l’enfant sont une seule et même personne. L’album se termine en beauté avec Poison. On reconnaît les fredonnements d’Antony Hegarty qui répète avec Bianca : “Her Tears Are Poison” (“Ses larmes sont du poison”). Bonus track avec Devil’s Island, qui porte bien son nom ! Le morceau est plus “exotique” que les autres…

Tales of A Grass Widow est un album des plus qualitatifs. Il est tout aussi différent et tout aussi fantasque que les précédents. Les sœurs Casady explorent tous les sons possibles et font une musique transgenre qui nous invite dans un univers poétique et particulier. Une musique envoûtante qui raconte des contes, portée par leurs deux voix si changeantes et si complémentaires. Une des plus belles réussites musicales de 2013 !

 

CocoRosie sera en concert à guichets fermés à Paris le 27 et 28 mai, le 2 juin à Strasbourg, le 6 juin à Marseille, le 7 à Toulouse, le 9 à Biarritz, le 11 à Nantes et le 12 à Lilles.

CocoRosie – Gravediggress

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *