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Saul Williams – Volcanic Sunlight

Après plusieurs années d’un silence remarqué, Saul Williams signe son grand retour dans les bacs avec un quatrième album au titre énigmatique : Volcanic Sunlight. On savait le poète-rappeur new-yorkais enclin à surprendre son monde, on était loin d’imaginer qu’il mettrait un jour tant de zèle à désappointer ses fans de la première heure.

Le parcours de Saul Williams n’a pourtant rien de celui d’un MC ordinaire. Ses diplômes de philosophie et de comédie en poche, le jeune homme découvre le milieu du slam dans les bars de New-York. Séduit par l’absolue liberté de ton de ce mouvement, il se met à fréquenter assidûment les cercles autorisés et ne tarde pas à y acquérir ses lettres de noblesse, à tel point qu’il finira par décrocher, en 1996, le prestigieux titre de Grand Champion de Slam du Nuyorican Poets Café. Cette consécration n’est cependant qu’un point de départ, puisqu’elle lui vaudra un rôle sur mesure dans le très remarqué Slam, film de 1998 au succès d’estime considérable où il tient la vedette. Mais s’il prend du plaisir à jouer, le cinéma n’est qu’un expédient pour le jeune Saul qui rêve de graver son nom sur la pochette d’un album. Malgré des apparitions sur des compiles estampillées Rawkus Records ou Ninja Tunes (on notera au passage le très réussi Twice the First Time, bijou hip-hop à la fois baroque et minimaliste), il lui faudra attendre 2001 et son premier LP, Amethyst Rock Star, pour voir ses vœux s’exaucer. Saul Williams témoigne dans cet opus inaugural d’un goût prononcé pour la musique hybride, fusion de rap, de trip-hop et de métal industriel mâtiné d’acid house. Ce penchant à l’éclectisme, né de la grande diversité de ses références musicales, ne le lâchera plus lors de ses compositions suivantes. Globalement, le spoken worder y fait preuve d’une science aiguë de la déconstruction rythmique et harmonique, tissant un univers sonore à la texture inquiétante et envoûtante tout à la fois, où son flow véloce le dispute par séquences à des boites à rythmes, des lignes de basse et des riffs de guitare nerveux. Qu’on apprécie ou non le résultat, force était de constater que Saul avait alors le don de nous transporter sur des rivages pas ou peu explorés.

Avec Volcanic Sunlight, changement de décor. De l’aveu même du principal intéressé, il s’agissait cette fois « d’en dire le moins possible et de célébrer la puissance du son et de la danse ». Exit donc les textes ramassés et tortueux déclamés sur un beat dépouillé, place à des combinaisons plus directement accessibles, presque pop. Entendons-nous bien, il n’est pas question pour Saul Williams dans ce quatrième album de renier ses origines musicales en versant dans du mainstream bon marché, l’homme a assez de ressort pour ne pas tomber dans ce genre de piège. Non, et c’est d’ailleurs là la prouesse de ce « Soleil Volcanique » que de s’adresser à un plus large public tout en restant pointu. Mais clins d’œil, références et hommages pleuvent sans alourdir le propos, comme en filigrane, intégrés à un ensemble à l’apparence presque frivole, propulsés par un tempo qui confine parfois à la transe.

Ainsi, sans jamais altérer la richesse de son identité sonore, Saul Williams nous livre son album le plus chaleureux où, pour la première fois, l’alchimie entre les éléments se veut directement (presque physiquement) palpable. Les phrases musicales ne s’y télescopent plus mais fusionnent réellement dans une ambiance plus ouatée, moins délétère. Le rappeur n’hésite pas à y pousser la chansonnette quand nécessaire (Triumph, Diagram…), à faire intervenir des cuivres à l’occasion ou encore à convoquer à sa table les fantômes de la funk (Give it Up) ou de la disco (Dance). Mais le plus notable réside sans-doute dans l’omniprésence, derrière les synthétiseurs vintages et les basses moelleuses, de percussions traditionnelles dont le claquement sec provoque des images sonores instantanées faites de foules en liesse autour du feu, de danses chamaniques. Et c’est sans-doute ici qu’il faut aller chercher une signification au titre de ce quatrième opus. Saul Williams confie avoir voulu y symboliser « l’énergie qui est en nous et que l’on a peur de libérer », autrement dit, nous rappeler à des instincts enfouis, une condition reculée où l’homme était en communion permanente avec la terre qu’il foulait du pied, celle-là même qui le nourrissait et d’où il puisait la force de ses ancêtres. En ce sens, Volcanic Sunlight est un album réussi, tant il semble irradier de la tête au pied plutôt que l’inverse, procurant d’abord un léger fourmillement qui dégénère bientôt en furieuse envie de danser. Un conseil, surveillez vos gambettes, elles pourraient bien réclamer leur indépendance.

Notons pour finir que Saul Williams sera en concert le 17 mai prochain au Nouveau Casino de Paris. Une excellente occasion pour les néophytes de faire la connaissance d’un artiste complet et inventif, pour les puristes de découvrir une nouvelle facette du MC polymorphe.

Label : Sony/BMG – Sortie : mai 2011

5 réponses sur « Saul Williams – Volcanic Sunlight »

Il suffit de se la repasser deux fois 😀
Bon… elle était facile.

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