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Syrano – Les Cités d’Émeraude

Heureux qui, comme Syrano, a fait un beau voyage.

Après deux années passées à bourlinguer, celui qui s’est fait connaître pour ses textes à engagés mâtinés d’onirisme nous revient avec un nouvel album, galette bigarrée aux multiples saveurs. En témoigne d’emblée la pochette de ces Cités d’Émeraude (allusion à la capitale du Pays d’Oz dans le roman de L. Frank Baum?), assemblage foutraque de constructions, Tour de Babel architecturale où se distinguent mille références.

Le ton est donné. L’heure est au métissage. Syrano a le nez creux, il utilise son flair à puiser ici et là les sonorités les plus originales, à la façon d’un ethnologue partant à la cueillette de ce qui forge l’identité sonore d’un peuple. Glanant quelques notes de valiha à Madagascar, de kanoun en Arménie, de mandoline en Italie ou encore de piano en Allemagne, Syrano est un peu le Claude Levi Strauss de la musique. Par le prisme de son art, il rend compte de son époque, une époque résolument foisonnante. Sa démarche n’est pas sans évoquer celle d’un Manu Chao, parcourant les sentiers d’Amérique Latine son Zoom H4n dans la poche.

Mais on aurait tort de croire que l’homme se contente d’extraire froidement l’écho des civilisations pour le compiler à son retour dans une sorte de bestiaire sonore. Il n’est qu’à écouter Un Peu de Moi, chanson ouvrant ce quatrième album, pour se persuader du contraire. Si notre globe-trotter prélève des échantillons de tous les pays qu’il traverse, la réciproque n’en est pas moins vraie. Syrano laisse un fragment de son être à chaque étape qu’il marque.

La générosité, tel est d’ailleurs le fil conducteur de cet opus comptant la bagatelle de 18 pistes et d’une dizaine de featurings. Le chartrain s’y emploie dans de multiples registres, poussant la chansonnette avec aisance (même si on déplorera parfois un certain manque de souffle), ou posant son flow badin au détour d’une composition folklorique. Bref, voici un album tout à fait recommandable, parvenant à ouvrir en grand les fenêtres de l’imaginaire tout en gardant les pieds sur terre. Un exploit suffisamment rare pour être relevé.

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