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Steven Wilson Live – Le Trianon – 05 2012

Metallica et les Red Hot Chili Peppers remplissent le Stade de France, Radiohead, Bruce Spingsteen Bercy et Steven Wilson joue au Trianon.

Si les noms de la sainte trilogie du rock progressif ( Genesis, Pink Floyd, Yes) demeurent familiers, le paysage du rock d’ici est il devenu si segmenté que l’un des rares artistes majeurs apparu sur la scène « prog » depuis vingt ans, sous diverses incarnations ( Porcupine Tree, Blackfield, No Man, artiste solo), reste quasiment inconnu du grand public français ?

Et puis il faut bien dire qu’ un concert ne se vit pas de la même façon selon qu’on sorte d’une semaine de vacances ou d’une semaine de travail harassante, le ventre vide, debout une heure à attendre l’ apparition des musiciens en subissant une musique atonale digne d’un film d’ épouvante gothique et industriel.

J’ ai découvert pour l’occasion le Trianon, le type même de la petite salle de théâtre parisienne construite probablement il y a deux siècles : Jolis bas reliefs sculptés, haut plafond aux motifs sombres et mystérieux, fosse et balcons, et surtout une acoustique exceptionnelle comme nous allions le constater bientôt.

Wilson et ses musiciens maitrisent la configuration très compliquée de jouer à six instruments, dont un clarinettiste, tout en préservant la séparation qui permet au spectateur de distinguer à merveille le son de chacun.

Autre originalité non négligeable, l’usage des vidéos projetées sur un rideau devant, puis sur l’ écran derrière Wilson et compagnie, qui relègue toute les tentatives auxquelles j’ ai assisté auparavant à d’ aimables peintures rupestres clignotant vaguement au fond d’une caverne, ou comme une signalisation hésitante place de l’ Etoile en pleine heure de pointe.

Des vidéos qui offrent sans doute une vue imprenable sur le paysage intérieur de Steven Wilson, dont j’ avais déjà remarqué une certaine affinité avec les musiques de films d’horreur sur le récent et deuxième album solo,  Grace for Drowning.

Vues tremblées d’une forêt en pleine nuit où brûle un curieux autel, sous la surveillance d’un étrange homme au crâne de taureau cornu.

Galerie de poupées lacérées, brûlées ou partiellement recouvertes de mousse qui nous regardent de leurs yeux morts.
Etrange cérémonie nocturne : Des mains frénétiques enterrent un objet ovoïde (un cœur ?), une forme encapuchonnée traverse la clairière sous une épaisse et sombre couche nuageuse qui défile à toute vitesse, alors qu’un homme étrange et imposant empoigne une pelle et qu’une femme vêtue de blanc court à perdre haleine dans la foret.
Et la mer qui se retire, dévoilant le drapé d’un vêtement diaphane…

Des images fascinantes et inquiétantes qui se confondent avec la musique qui se déploie en une clairière de solitude angoissée, non sans exposer sa singulière beauté, pour exploser en une furie libératrice ou diverger vers des accroches de piano et guitares jazzy.

Quant à Steven Wilson lui-même, il apparut tel que je l’ avais entrevu sur quelques vidéos de Porcupine Tree ; mante religieuse vêtue de noir, timide et fier sous une crinière sauvage et des bésicles, levant parfois subitement ses longs bras en croix.

La dernière demi heure s’est révélée plus pénible pour mes chevilles, mais aussi pour mes oreilles avec un morceau «  épique » très long et inédit et beaucoup de passages tout en puissance et exactions sonores.

Exceptée la magnifique Postcard, Insurgentes, et une ou deux autres, Wilson a privilégié ce soir là la facette atmosphérique et hargneuse de sa musique plutôt que la délicatesse de certaines mélodies.

Malgré ces quelques réserves ce concert fait partie des rares occasions qui me donnent l’impression de mieux comprendre un artiste, mais aussi le déclencheur pour me poser davantage de questions nées de l’ atmosphère solitaire, angoissée, presque névrotique qui émerge de ce qu’on peut sans ambigüité appeler une performance.

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