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Diams – SOS

Diams-SOS

Une grande surprise que cet album ultra intimiste qui s’apparente plus à un roman autobiographique ou un journal intime qu’un album de rap… Depuis ces photos volées à la sortie d’une mosquée, Diam’s a laissé les médias sur leur fin en refusant toute interviewé. Son silence a alimenté la polémique. Mais si une pensée vaut 1000 mots, cet album vaut 1000 interviews.

Elle répond à toutes les questions, parle de tout, sans retenue… Elle parle de politique, de sa vision du monde, de sa  dépression, de ses déceptions amoureuses, de sa place dans le hip hop français, du voile, de la France et toujours de « sa France »…On attendait le retour de la « mère » du rap français (« I am Somebody »). La rumeur dit le rap mort depuis quelques années et  « faudrait peut être qu’elle le réanime ». Mais qui de Mélanie ou de Diam’s en sera capable…

Elle prétend être apaisée, avoir trouvé des réponses à ses questions. Mais l’on voit où le bât blesse…L’amour est un sujet omniprésent (Poussière, Cœur de Bombe, S.O.S). Elle y exprime des déceptions, des peines toutes à la limite de la fiction et de l’expérience personnelle.

On connaissait ses sentiments envers certains médias et ils n’ont pas forcément changé. On ressent son amertume envers une certaine presse et aussi ses détracteurs. Elle assume son succès (à moitié ?) (« Qu’ils se rappellent le chiffre qu’à fait mon single La Boulette ») mais se justifie à travers son engagement humanitaire. Elle se préoccupe de son rôle à jouer sur la Terre. Quant à mon rôle de chroniqueur, je dois m’y tenir et je pense que Diam’s devrait éviter les vocalises et laisser faire ses choristes (d’ailleurs très talentueuses). A part ça la technique, le flow, le punchline de la rappeuse sont toujours indiscutables. Malgré tout l’album reste assez sombre et assez formaté avec des boucles piano ou de guitare efficaces.

On apprécie la franchise de la rappeuse. « Sur la tête de ma mère » fait l’éloge de sa chère mère de manière assez dynamique et originale. Le temps nous dira s’il deviendra un classique comme « Dear Mama » de 2Pac ou « Mama Lova » d’Oxmo…

Elle dénonce la course à l’argent, le système capitaliste et la perte des valeurs humaines (« Ce pays n’a qu’une valeur celui du cours de leur bourse »)

Dans « Rose du Bitume » elle s’exprime sur son rôle de la femme. Une réponse à celles qui lui reprochent son revirement ou qui ne retrouvent plus dans ses valeurs recouvertes. Elle n’a ni l’air d’une pute , ni d’une fille soumise et à celles qui n’auraient finalement rien de très alléchant à lui proposer elle répond : « Si j’ai un mari qui tue, je m’en fous de ta parité »

Elle nous confie sa vision de l’Identité nationale (« ce pays c’est tout un tas de couleurs, tout un tas de culture »).Toujours autant anti-Le Pen, elle emmerde les politiques « intolérants comme leur cousine Marine ». «  L’honneur d’un peuple » en mettra plus d’un d’accord et l’on regrette que le reste de l’album ne soit pas plus engagé

Elle clôture l’album par un morceau fleuve de11 minutes où elle réaffirme sa volonté de tout dire. Un exutoire sans couplet, une très bonne performance de rap.

Cet album ne plaira pas forcément à tous les fondamentalistes du rap français mais touchera un public plus éclectique que celui de « Dans ma bulle ». Si elle reprend « Goût à la vie à l’écart », il faudra peut être un album de plus pour s’épanouir complètement…

Label : Emi/Hostile – Sortie : 2009

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