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Crime and the City Solution – American Twilight

Il y a de noms de groupes comme ça, très intrigants, sortis tout droit d’une twilight zone années 80, comme un objet incongru, une machine musicale luisante d’huile dont les pistons se remettent lentement en route dans notre présent pixelisé et saturé d’impressions confuses. Des trucs comme Human Sexual Response, encore plus vieux et poussiéreux, et bien sûr les australopithèques Crime & the City Solution qui resurgissent après dix sept ans d’hibernation.

Références impeccables de second rôle des marges du rock lettré avec deux ex musiciens de Nick Cave, Epic Soundtracks un temps aux fûts, tous depuis longtemps remplacés mais cela a suffi pour ranimer ma curiosité envers la créature animée par le chanteur compositeur Simon Bonney.

Goddess, My Love Takes Me There, lancent l’affaire sur de bonnes bases, baryton sombre mais agressivement vénéneux, riffs gras et rythmes nerveux qui animent des airs agréablement visqueux, on pense au troisième Sisters of Mercy ou à un vieux Love & Rockets par exemple. Quelques cuivres mariachi épicent opportunément ce My Love…, mais déjà la rémoulade rock’n’roll répétitive de Riven Man passe moins bien, et progressivement l’album s’enfonce dans des paysages sonores ralentis et désolés, l’écho des guitares plaintives résonne dans le désert pendant que les violons pédalent dans la semoule.

Tel un cocher constipé tentant en vain d’éperonner une mule neurasthénique, le chant, de plus en plus parlé, tente la surenchère du héros maudit sans parvenir à entraîner une nuée d’instruments qui semblent tous tourner au ralenti (Beyond Good and Evil).

La tentative d’habiter d’un esprit gothique et distancié un style country and western à la Johnny Cash se heurte à la profusion instrumentale peu maîtrisée des guitares, cuivres, violons et chœurs.

Au moment où la guitare pourrait déployer son écho majestueux, les violons moulinent leurs lamentations déliquescentes. Là où le chant de Simon Bonney tente d’évoquer une malédiction à la Faulkner, des chœurs au son étouffé puis une voix féminine suraiguë surenchérissent sans vergogne (Streets of West Memphis).

Cet American Twilight (ah ces American ceci, American cela!) ne mérite pas non plus un aller simple vers la géhenne numérique, les musiciens sont trop bons pour ne pas réussir à créer l’atmosphère de Western mélancolique et poisseux qu’ils voulaient sans doute évoquer.

Cependant l’idiome country & western s’ accommode assez mal de cette production chargée, le disque déborde d’intention mais la musique reste trop souvent indistincte, tout le monde ne peut pas connaître la réussite de The The et de son album Hanky Panky, qui partait tout de même avec plusieurs longueurs d’avance avec ses reprises d’Hank Williams !

 

Crime & The City Solution – Goddess

1 réponse sur « Crime and the City Solution – American Twilight »

Excellent article. je retrouve là toute ta verve et ta grande culture musicale.
Régis M

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